WikiLeaks

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dimanche 15 août 2010

I. Construction de la déviance et transgression collective: le whistleblowing comme solution au problème de la transparence



« It is not only the people of one country that keep their government honest, but also the people of other countries who are watching that government. »[1]

C’est en ces termes résolument kantiens que, dès ses débuts officiels, au printemps 2007, WikiLeaks explique et présente sa conception de la transparence, la posant d’emblée comme nécessairement globale. Ce faisant, il effectue une intéressante reprise du concept d’un espace public transnational tel qu’il existait avant que les mouvements nationalistes, puis la Guerre Froide, n’aient conduit les auteurs contemporains, dont Habermas ([1989] 1962), à le reconceptualiser comme issu d’une société civile, elle-même rattachée à un Etat.

Symbolisé par la République des Lettres, cet espace public tel que conçu par Kant et tel qu’il exista chez des penseurs du libéralisme comme Hobbes, Locke, Montesquieu ou Rousseau, est mieux conceptualisé par le philosophe français Gérard Hauser (1998, 1999) pour qui les espaces publics se sont formés non pas autour de l’identité de ceux qui participent à la discussion mais autour des questions ainsi discutées. Ce qui est, nous l’avons vu, le principe de base de tout site wiki.

Cette première partie retrace et analyse la construction du whistleblowing comme une solution acceptable aux problèmes liés (par WikiLeaks) à la corruption et au secret. La première section introduit et évalue la vision radicale de la transparence telle que portée par WikiLeaks et insiste sur le caractère novateur du site et les enjeux techniques, légaux et éthiques que son existence même soulève. D’une façon spécifique, elle s’intéresse à la compétition politique (Becker 1973) dont a émergée cette définition particulière de la lutte contre la corruption et vérifie si, ainsi que le prédit Becker, le succès des entreprises morales dépend de l’appartenance des entrepreneurs à la couche supérieure de la société (globale). Enfin, elle mesure le niveau de clarté et d’acceptabilité de la solution proposée, le pouvoir des militants, le support du public (global) et son degré de prise de conscience (awareness), tous des critères estimés par Becker comme absolument nécessaires à la réussite d’une entreprise morale.

Après ce rapide survol de l’organisation, la seconde section expose et modélise les mutations des communautés politiques du fait de la globalisation. Elle les rapproche des découvertes de la section précédente et met en évidence quelques aspects principaux des nouvelles formes de mobilisation sociale ainsi engendrées :

-          des actions collectives inédites,
-          une (in)organisation interne horizontale,
-          une interconnexion entre réseaux informels,
-          une relation de confiance et de tolérance, libre de toutes contraintes,
-          des causes et un engagement à la carte                                                  et
-          une importante stigmergie – notion inventée par le biologiste et spécialiste des insectes sociaux, Pierre-Paul Grassé, en 1950, pour désigner les mécanismes de coordination indirecte et spontanée où, les traces laissées par une action, stimulent la réalisation d’une action subséquente par le même agent ou par un autre.

A travers le concept d’espace public « vernaculaire » de Hauser, la prochaine section interrogera la capacité du militantisme civique de la société civile (globale) à réduire les déficits démocratiques actuels, en utilisant l’Internet comme un nouvel espace public de celle-ci.


[1] Proclamation de foi originale de WikiLeaks. Une version archivée de celle-ci est disponible sur la capsule du temps digitale de l’Internet Archive, le Wayback Machine. Datée du 14 janvier 2007, elle est accessible au http://web.archive.org/web/20070114162346/www.wikileaks.org/index.html. Aujourd’hui, la page About de Wikileaks.org continue d’insister que l’accès de tous aux fuites publiées sur le site permet “a stronger scrutiny than any media organization or intelligence agency can provide [and that] all governments can benefit from increased scrutiny by the world community, as well as their own people”.

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